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Les criquets pèlerins, un fort marqueur des conséquences de l’activité humaine et du réchauffement climatique

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Publié le 10/24/2020

Commençons par cette photographie choc extraite du National Géographic du mois de mars dernier.



Cette photo, prise par Ben Curtis, illustre parfaitement l’ampleur de la catastrophe. On y voit des centaines de millions de criquets pèlerins dévastant les cultures est-africaines.


En mars 2020, on comptabilisait 7 pays de l’Afrique de l’Est touchés.


Le criquet pèlerin, ou Schistocera gregaria de son nom scientifique, est une espèce dont la physiologie (l’apparence physique, le comportement et les composants biochimiques) se modifie en réponse aux conditions environnementales. On retrouve deux comportements distincts lorsqu’ils sont seuls ou à l’état grégaire (en groupe). Les adultes solitaires sont passifs et volent en début de soirée pour se nourrir. Alors que les individus appartenant à un essaim adoptent un comportement de groupe extrêmement vorace. Ils circulent du lever du soleil une fois l’atmosphère réchauffée, jusqu’à son coucher. Ils peuvent parcourir 100 à 150 km par jour à des hauteurs allant jusqu’à 2000 mètres et voler en continu pendant plus de 20 heures.




Comment se reproduit cette espèce?


Dans des conditions normales, on retrouve le criquet en faible effectif dans les déserts d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Ouest, où tombe moins de 20 cm d’eau de pluie par an. Il vit isolé et cherche un abri dans de la végétation dispersée et pond ses œufs dans le sol sablonneux et humide. Cette zone d’habitat aride représente 16 millions de kilomètres carrés et comprend 30 pays. On appelle cet ensemble une zone de récession.


Carte de zones de récession et des zones d’infestation du criquet pèlerin. Source : Keith Cressman. Desert Locust. Biological and Environmental Hazards, Risks, and Disasters. 2016.


Lorsque de fortes pluies tombent sur cette zone de récession, les criquets vont en profiter pour se multiplier rapidement. Dans des conditions optimales, cela va donner lieu à une augmentation de la population de 16 à 20 fois de celle de départ. Et ceci tous les 3 mois.


Le processus de grégarisation chez le criquet pèlerin se produit à mesure que les criquets augmentent en nombre et se regroupent : (a) un solitaire, (b) un petit groupe de larves, (c) une bande de larves grégaires, (d) un adulte solitaire, (e) un groupe d’adultes grégaires, (f) un essaim d’adultes immatures pleinement grégaires. Source: Keith Cressman. Desert Locust. Biological and Environmental Hazards, Risks, and Disasters. 2016.



Une fois que la zone de récession se dessèche de nouveau, les criquets sont contraints de se diriger vers les parcelles de végétation restante et de se concentrer en entrant les uns les autres en contact physique. Les individus se grégarisent: on retrouve ainsi un comportement de masse.


La grégarisation n’a lieu que dans les zones de récession où deux générations peuvent se reproduire successivement et rapidement. Lorsque l’on retrouve une infestation de ces criquets grégaires sur un an ou plus, on parle de «peste».


Un fléau majeur existe lorsque deux ou plusieurs régions sont affectées simultanément. Les criquets ont alors tendance à migrer au-delà de la zone de récession. Ce genre d’invasion met généralement plusieurs années à se développer après une série d’événements au cours desquels les criquets augmentent leur nombre régulièrement. Ce type de flambée mettrait environ 6 mois à diminuer de façon naturelle, ce qui est plus rapide qu’il n’en faut pour se développer. Cette décroissance d’effectif peut être liée aux morts naturelles et/ou aux migrations.


Or, actuellement, l’invasion de criquets pèlerins se poursuit depuis le début de l’année. Elle est considérée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme la pire depuis 70 ans. Il s’agit d’une menace majeure pour la sécurité alimentaire.


La relation entre le changement climatique et l’infestation de criquets préoccupe particulièrement les scientifiques. Ces dernières décennies, les températures augmentent ainsi que le niveau des précipitations. Ces conditions semblent favoriser l’apparition de criquets plus destructeurs.


Ces précipitations s’expliquent par l’activité cyclonique se situant au dipôle de l’océan Indien. On y retrouve un gradient de température (des variations) prononcé qui est associé cette année aux incendies importants qui ont eu lieu en Australie. Si cette fréquence des cyclones augmente, il est possible que les événements liés aux criquets augmentent également.




Concernant l’invasion qui est toujours d’actualité, elle est liée à deux cyclones qui ont permis à trois générations de se développer dans les meilleures conditions possibles.


Une première migration avait eu lieu en août 2019 à travers la mer Rouge et le golf d’Aden pour envahir l’Ethiopie et la Somalie. S’en est suivi un regroupement des populations de criquets de façon anormalement intense en Afrique de l’Est aboutissant à d’énormes nuages d’individus.


Photographie tirée de l’article de Claire Cosgrove dans Echoing Sustainability in Mena. Février 2020.


Un nouveau cyclone a alors provoqué de fortes précipitations dans cette zone augmentant de nouveau la reproduction des criquets. Une nuée a ainsi envahi le Kenya en décembre, pour s’étendre en janvier au niveau de Djibouti, de l’Erythrée puis de l’Ouganda et de la Tanzanie. Suite à ces événements, les scientifiques craignent que la population de criquets augmente de nouveau fortement en juin.


Carte de migration des criquets pèlerins au cours de l’année 2019-2020.


La destruction des cultures agricoles causée par ces criquets pèlerins n’est pas sans conséquence. En effet, cela touche des régions qui sont d’ores et déjà en proie à la famine. Plus de 13 millions de personnes sont confrontées à «une insécurité alimentaire sévère» selon l’ONU. 20 autres millions vont subir le même sort. La privation alimentaire touche les humains mais également la faune et le bétail.



Des méthodes de prévention telles que les études météorologiques pour prédire l’augmentation de la population de criquets sont pourtant en place. Ainsi que des mesures de protection des cultures avec la pulvérisation de pesticides qui a pour impact négatif d’éradiquer en même temps la faune sauvage et les insectes «utiles» aux agriculteurs comme les pollinisateurs.


Des recherches sont en cours afin de mettre en place une lutte biologique contre l’invasion de ces criquets: le but serait d’introduire une espèce qui entrerait en compétition avec le criquet et réduirait ainsi sa population.


En ce moment même, ces pays se battent toujours pour faire face à cette énorme vague de famine, ceci combiné à une autre invasion qui rend l’accès à la nourriture encore plus difficile, celle du Coronavirus, ou Covid-19.



Sources:

1. Claire Cosgrove. Desert locusts are swarming with greater Ferocity. Echoing Sustainability in Mena. 2020.

2. Keith Cressman. Desert Locust. Biological and Environmental Hazards, Risks, and Disasters. 2016.

3. Michel Lecoq. Preventive management of the desert locust and the ongoing invasion.

4. Sayantan Gosh. Desert locust in India: The 2020 invasion and associated risks. EcoEvoRxiv. 2020.

5. Yiftach Golov. Sexual behavior of the desert locust during intra- and inter_ phase interactions. PeerJ. 2018. Desert locust ecology and control strategy. 2020.

6. https://www.leparisien.fr/video/video-environnement-l-inde-subit-sa-pire-invasion-de-criquets-pelerins-depuis-30-ans-27-05-2020-8324634.php

7. https://www.nationalgeographic.fr/sciences/2020/03/environnement-invasion-de-criquets-en-afrique-de-lest



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