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Vers une meilleure compréhension de la dyslexie

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Publié le 1/1/1970

La dyslexie touche entre 5% et 7% de la population. Il s’agit d’un trouble souvent sous-estimé et mal compris par le grand public mais aussi et surtout par le système scolaire. Ce dysfonctionnement à causes multiples - génétique, environnement…, s’accompagne fréquemment d’autres troubles.



Ce que vous pensez savoir

Vous avez forcément connu, au cours de votre scolarité, un ou une camarade dyslexique. Mais pourquoi ce trouble permet à ces élèves, une fois détectés, d’avoir plus de temps pour faire leur contrôle (un tiers-temps), voire même d’être accompagné par un AVS (auxiliaire de vie scolaire)?

Comme tous les troubles de la famille des «dys», la dyslexie est une déficience de l’apprentissage. Celle-ci est plus spécifiquement liée à la lecture. Cependant elle est également souvent associée à l’expression écrite. On parle alors de difficulté d’apprentissage de graphème (signes écrits) et de phonème (les sons). Or, d’après Seidenberg et McClelland (deux chercheurs en psychologie), pour suivre un bon apprentissage de la lecture, les trois axes suivants sont cruciaux:

Modèle triangle du développement de la lecture selon Seidenberg et McClelland


Zone de traitement de l’information de graphème et de phonème au niveau du cerveau (source:


https://doi.org/10.1016/B978-0-12-407794-2.00065-1)






Le réflexe qu’ont les parents, et même les enseignants, est de faire lire davantage l’élève et de multiplier les lignes et les dictées. Or, pour un dyslexique, il s’agit d’un cercle vicieux. Celui-ci est conscient de ses erreurs même s’il ne les comprend pas ou n’arrive pas à les éviter. Cet acharnement va renforcer son manque de confiance en lui, ce qui risque de provoquer un profond mal-être et un réel blocage avec la lecture et l’écriture.




Les difficultés en société

C’est pourquoi une intervention précoce et un réel suivi sont cruciaux afin d’aider au bon développement de l’élève. Dans le cas contraire, les chercheurs ont observé et étudié différentes répercussions possibles selon le niveau scolaire.

Avant l’entrée en primaire, l’enfant peut montrer des difficultés de compréhension et de distinction avec des mots qui riment ensembleou des mots qui se ressemblent. Lors de l’année de cours préparatoire, il est possible de développer une incapacité à apprendre les lettres, de lire des mots et d’avoir des difficultés orthographiques. Il en résulte de mauvais résultats scolaires, un rejet de l’école et un blocage au moment de rendre des travaux aux professeurs.

En écriture libre, l’enfant va pratiquer l’évitement des mots dont il n’est pas sûr. Cela est souvent jugé à tort comme un manque de culture ou de vocabulaire. Autre a priori: le QI ou quotient intellectuel et la dyslexie étaient associés en prenant notamment en compte les différences morphologiques du cerveau entre un dyslexique et un non-dyslexique. Et il est prouvé aujourd’hui qu’il n’y a absolument aucun lien.



Lire c’est «entendre avec les yeux»

Le monde de la recherche a longtemps considéré qu’il s’agissait d’une difficulté d’apprentissage spécifique qui ne pouvait être expliquée physiologiquement, alors qu’elle l’est aujourd’hui. Que se passe-t-il dans le cerveau d’un dyslexique? La dyslexie est classée comme trouble neurodéveloppemental. Celui-ci a différentes causes: génétique, c’est un trouble héréditaire, donc transmissible de génération en génération; environnemental, mais aussi neuronal. Il dure toute la vie et se déclenche tôt.

A ce jour, quatre gènes ont été identifiés comme étant liés à la dyslexie. Ils sont impliqués dans le développement du cerveau, la migration des neurones, ainsi que dans la zone d’apprentissage et la perception du son.

Des études neurologiques, grâce à la neuroimagerie (image du cerveau et des neurones), ont permis de montrer un fonctionnement cérébral différent chez les personnes dyslexiques.








Analyse de l’activité du cerveau chez des enfants et adultes atteints de dyslexie ou non (source https://doi.org/10.1016/B978-0-12-407794-2.00065-1)

Il a aussi été observé que le volume de matière grise et matière blanche dans certaines zones du cerveau, les zones temporo-pariétales gauches, est moins important mais aussi moins bien «organisé».


Un beau bazar pour eux et pour nous

Pour essayer de rendre cela plus clair, mais également de visualiser les différents paramètres jouant un rôle dans la dyslexie, voici un schéma tentant de regrouper tous les facteurs.




La dyslexie est rarement seule

La dyslexie peut être difficile à détecter car elle ne cause pas de fautes «typiques». De plus elle s’additionne souvent à d’autres troubles qui touchent 40 à 60 % d’entre eux, comme la dépression, l’hyperactivité ou un déficit de l’attention. On parle alors de comorbidité. Elle s’ajoute également à de nombreux problèmes de langage oral comme la compréhension et la distinction des sons (phonologie).

L’autre trouble à présent détecté grâce au diagnostic de la dyslexie est la dyscalculie qui fait référence à une perception des nombres et quantités numériques. En effet les mathématiques font appel à des compétences verbales comme la connaissance des nombres, le comptage, la compréhension des énoncés. Ainsi l’apprentissage des additions et des tables de multiplication peut se transformer en véritable parcours du combattant.


Vers une meilleure compréhension et un meilleur accompagnement

Le nombre de personnes détectées comme dyslexiques augmente de plus en plus à l’école et dans l’enseignement supérieur. Est-ce en raison d’un surdiagnostic ou d’une prise de conscience?

Le but de la recherche dans l’étude de ce trouble est de mieux le comprendre en prenant en compte les anomalies et les différences cérébrales qu’il peut engendrer. Il n’existe pas une dyslexie à proprement parler. Cela est notamment dû à la diversité des systèmes d’écriture et de la profondeur orthographique qui peuvent jouer un rôle. De plus, chaque langue et modèle de son apprentissage ont leurs spécificités, ce qui rend le travail des chercheurs d’autant plus complexe pour obtenir un modèle «type» du cerveau d’une personne dyslexique.

C’est pourquoi, dans un premier temps, le travail et l’aide ont d’abord lieu au sein du foyer avec une meilleure compréhension de ce trouble par l’entourage de l’enfant. Cela nécessite aussi un meilleur accompagnement, ainsi qu’une acceptation du système scolaire qui possède un rôle prépondérant dans l’évolution de l’enfant.



Sources:

1. Habib, M. & Giraud, K. Chapter 23 - Dyslexia. in Handbook of Clinical Neurology (eds. Dulac, O., Lassonde, M. & Sarnat, H. B.) vol. 111 229–235 (Elsevier, 2013).

2. Eden, G. F., Olulade, O. A., Evans, T. M., Krafnick, A. J. & Alkire, D. R. Chapter 65 - Developmental Dyslexia. in Neurobiology of Language (eds. Hickok, G. & Small, S. L.) 815–826 (Academic Press, 2016). doi:10.1016/B978-0-12-407794-2.00065-1.

3. Dyslexia - ScienceDirect. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/B9780123750006001397.

4. Dyslexia (Developmental) - ScienceDirect. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/B9780080453965000439.

5. Pennington, B. F. Dyslexia, Genetics of. in International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences (eds. Smelser, N. J. & Baltes, P. B.) 3924–3927 (Pergamon, 2001). doi:10.1016/B0-08-043076-7/03370-2.

6. Dehaene, S. et al. L’impact de l’apprentissage de la lecture sur le cerveau. Med Sci (Paris) 27, 236–238 (2011).

7. medsci2012288-9p717br.pdf.

8. Schulte-Körne, G. The Prevention, Diagnosis, and Treatment of Dyslexia. Dtsch Arztebl Int 107, 718–727 (2010).

9. Knight, C. What is dyslexia? An exploration of the relationship between teachers’ understandings of dyslexia and their training experiences. Dyslexia 24, 207–219 (2018).



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