Le Blob : un organisme surprenant et intelligent

Le Blob : un organisme surprenant et intelligent

Dans les sous-bois, on peut rencontrer un être vivant jaune vif, qui se répand en réseau, ressemblant un peu à une toile d’araignée, sur les troncs d’arbre, la mousse ou sous les feuillages. On l’appelle le blob.


Découvert pour la première fois à la fin du XIXe siècle, le blob intrigue le monde de la science depuis plusieurs décennies. Il ne s’agit ni d’un animal, ni d’un végétal, ni d’un champignon. Il est assez difficile de se représenter un être vivant capable d’une certaine forme d’intelligence, qui ne fasse pas partie des règnes du vivant que l’on connaisse.




Comment s’occuper d’un blob

 

« Blob » est le petit surnom donné à Physarum polycephalum, tiré du film The Blob de 1958. Le grand public est souvent habitué aux trois grands règnes du monde du vivant : les animaux, les végétaux et les champignons. Cependant il en existe de nombreux autres comme les bactéries, les parasites ou encore les mycetozoas. Le Physarum polycephalum fait partie de ce dernier.

 

Le blob est constitué d’une seule et unique cellule géante à plusieurs noyaux capable de s’étirer et de doubler sa taille en seulement une journée. Le myxomycète se déplace par « vagues » en propulsant son corps vers l’avant, et l’arrière va finir par se rétracter à force de mouvements.

La température optimale pour son développement est de 24 °C dans un environnement humide, à l’abri de la lumière. Les sous-bois sont idéals, cependant il craint les moisissures.


 

Photo d’un blob dans les sous-bois

Source : geo.fr



Le blob est un grand gourmand. Il est toujours à la recherche d’aliments sucrés et riches en protéines. Ses mets favoris sont les flocons d’avoine, mais dans la nature il se nourrit principalement de petits champignons et de bactéries.

 

Lorsque son environnement n’est pas optimal, qu’il n’y a pas suffisamment de nourriture ou bien que la température est trop fraîche, le blob est capable d’entrer en sclérote. C’est une forme de stase où il est comme « endormi ». Il peut survivre ainsi pendant environ 2 ans. En laboratoire, stocké à -80 °C, le blob peut être conservé pendant 30 ans ! Il est très difficile de tuer un blob, il est un peu considéré comme immortel.




Photo de sclérote de blob

Source : twitter d’Audrey Dussutour


Le blob peut se reproduire de plusieurs façons. Si l’on coupe un blob en deux, il ne meurt pas. Il y a deux blobs différents, qui sont des clones l’un de l’autre, tels les vers de terre. Sinon de façon plus classique, le blob émet des spores, comme les champignons. Par contre, le blob peut avoir 720 identités sexuelles différentes ! C’est dû au fait qu’il existe 5 gènes sexuels différents contre seulement 2 pour l’être humain.


Schéma de reproduction du blob. Les spores sont libérées lorsque les blobs sont d’une taille optimale. Lorsque deux spores se rencontrent, elles ont 719 chances sur 720 de tomber sur une spore de sexe opposé, de fusionner et de former un nouvel individu.

Source : upbm.org


L’épreuve du labyrinthe

 

C’est en 2000 que l’on a prouvé que le blob est capable de trouver son chemin. C’est la première démonstration « d’intelligence » de sa part. Des scientifiques ont créé un labyrinthe pour la tester. Ils déposent de la nourriture aux deux extrémités avant d’y insérer un blob. Il a été capable de relier les deux spots de nourriture par le chemin le plus court après quelques essais. Ceci prouve qu’il a la capacité d’apprendre et de mémoriser des informations afin d’en tirer profit pour le futur.


Schéma de l’expérience du labyrinthe. AG : agarose, source de nourriture du blob. (a) et (d) le blob cherche son chemin par tous les passages possibles pour relier les 2 sources de nourriture. (b) et (e) au deuxième essai, le blob est passé par moins de chemin pour relier les 2 sources de nourriture. (c) et (f) au troisième essai le blob rejoint les 2 sources de nourriture en un seul chemin.

Source : étude de T. Nakagaki



C’est qu’il a du caractère !

 

On retrouve des blobs un peu partout dans le monde. Il s’agit de différentes souches. Elles peuvent provenir des Etats-Unis, du Japon ou encore d’Australie. Selon leur origine, les blobs ne vont pas explorer leur environnement de la même manière, ils ne vont pas appréhender le choix de l’alimentation de façon identique, et ils auront des comportements différents face à leurs congénères.

Les Australiens se déplacent lentement et dans toutes les directions. Ils sont également très lents pour prendre une décision concernant la nourriture, mais ils ne se trompent jamais. Ils priment la qualité à la rapidité. Les Américains sont plus rapides et ne se déplacent que dans une seule direction. Ils sont aussi très rapides pour prendre une décision, qui s’avère bien souvent juste. Les Japonais, tout aussi rapides que les Américains, se déplacent, eux, dans toutes les directions. Cependant, ils vont à la source de nourriture la plus proche sans tenir compte de la qualité, afin de ne pas laisser de nourriture à d’éventuels concurrents. De ce fait, ils font plus souvent des erreurs.

 

 


Le début du règne

 

En 2010, il a été montré que le blob est capable de faire des compromis entre le risque et la nourriture. Si le risque est trop grand, le blob préfère abandonner la source de nourriture.

Il est également capable de ressentir le stress de ses congénères. Une expérience consistait à placer deux blobs dans leur environnement. Le premier blob subissait un stress particulier comme une exposition à la lumière, une exposition à un produit toxique ou encore la privation de nourriture. Les environnements des blobs ont ensuite été placés face à un 3e blob. Ce dernier a choisi à chaque fois d’aller vers l’environnement du blob qui n’avait subi aucun stress.



Schéma du test d’environnement du blob. S : blob stressé ; C : blob contrôle ; T : blob témoin. Les blobs ont été stressés par de la lumière, des toxines ou la privation de nourriture. Le blob témoin se dirige toujours vers l’environnement du blob qui n’a pas été stressé.

Source : étude d’Audrey Dussutour


Un autre exemple de son intelligence, après son sommeil, une fois sorti de sclérote, le blob se souvient de son environnement. Il est capable de mémoriser et de transmettre ses connaissances à ses congénères en fusionnant avec eux.

 

 


A vous de mener les recherches

 

Le CNRS a lancé une grande campagne de recherche, menée par Audrey Dussutour. Il s’agit d’une expérience à échelle nationale afin de récolter le plus de données possibles sur le myxomycète et de faire découvrir la démarche scientifique de façon ludique à la population. Le but est que chaque foyer inscrit à cette expérience reçoit un blob à « élever » chez soi afin d’étudier l’impact du changement climatique sur ce dernier. Les expérimentateurs devront élever les blobs à différentes températures, mesurer leur croissance et leur changement de comportement. Tous les protocoles et les résultats seront disponibles sur le site du CNRS « Le blob et la démarche scientifique ».

 

A travers cet article, nous n’avons fait qu’effleurer l’existence du blob, en essayant de retracer les grandes découvertes à son sujet qui ont très certainement marqué l’histoire (ou du moins la sienne). Mais on ne cesse d’en faire de nouvelles chaque année. N’hésitez pas à visiter le site du CNRS afin de les suivre ou approfondir celles vues ici !

 







Sources :

1)   Stephen J. Simpson. Amoeboid organism solves complex nutritional challenges. PNAS. 2010.

2)   E. B. Ridgway. Control of chemotaxis in Physarum polycephalum. The Journal of Cell Biology. 1976.

3)   Audrey Dussutour. Direct transfer of learned behaviour via cell fusion in non-neural organisms. Proceedings of The Royal Society. 2016.

4)   Audrey Dussutour. Habituation in non-neural organisms: evidence from slime moulds. Philosophical transaction of The Royal Society. 2016.

5)   Agota Toth. Path finding by tube morphogenesis in an amoeboid organism. Biophysical chemistry, Elsevier. 2001.

6)   Audrey Dussutour. Phenotypic variability in unicellular organisms: from calcium signalling to social behavior. Philosophical transaction of The Royal Society. 2015.

7)   Audrey Dussutour. Stress signalling in acellular slime moulds and its detection by conspecifics. Philosophical transaction of The Royal Society. 2020.

8)   https://blobshop.fr/

9)   https://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/le-blob-et-la-demarche-scientifique

10) https://www.mnhn.fr/fr/blob

11) https://upbm.org/site-association/vie-associative/actualites/733-le-blob-s-etend


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